.
 
AccueilAccueil  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  

Partagez | 
 

 Ҩ BARBARA SAINT-AMANS ❝ you can ❞

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
avatar
Raine

❝ ❞

Messages : 30
Date d'inscription : 12/10/2014

MessageSujet: Ҩ BARBARA SAINT-AMANS ❝ you can ❞    Ven 10 Avr - 17:08


Barbara Juliette Maria Saint-Amans
feat Avatar

Enola est née le ../../.... et a actuellement 2. ans. Née à Ajaccio, en Corse, elleest d'origine française. Côté personnel, Enola est célibataire et travaille en tant que .... Elle aime son pays, la danse et se promener dans Central Park seule, en revanche elle n'aime pas le hip-hop que ce soit la musique ou la danse, qu'on la questionne sur son passé et élément.

Adjectif + Adjectif - Adjectif + Adjectif -
Adjectif - Adjectif + Adjectif - Adjectif +


Storyline ...

Cette Partie est consacrée a votre histoire, à vous de voir ce que vous souhaitez y développer. Cependant des éléments essentiels doivent apparaitre comme l'enfance, l’adolescence, le présent et surtout le lien entre votre personnage et New York. Pour cela nous imposons un minimum de 30 lignes complètes.


Pseudonyme : ...
Age : ...
Acceptez vous le partage de votre avatar :...
Multicompte ? : ...
Statut : IV SC
Comment connaissez vous le forum ? : ...

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Raine

❝ ❞

Messages : 30
Date d'inscription : 12/10/2014

MessageSujet: Re: Ҩ BARBARA SAINT-AMANS ❝ you can ❞    Ven 10 Avr - 17:09

❝ pour l'homme et pour la femme que nous sommes à present ... je te quitte. ❞ Olivia Ruiz.

❝ Ajaccio, Corse ; 24 mars 1989 ❞

Ma mère ne m'a racontée cette scène que des années plus tard, quand je lui ai posé la question, quand j'ai été en âge de comprendre ma situation familiale. Cette soirée là, elle a réalisé sa bêtise, à quel point elle a été bête d'y croire et surtout de se lancer dans cette relation dès le départ. L'amour rend aveugle, c'est à ce moment que le dicton prend tout son sens. Elle jette un petit haut dans sa valise d'un geste laissant voir sa rage et son amertume. Son menton tremble. Les larmes menacent de franchir le seuil de ses yeux mais ma mère est courageuse vous savez. Si elle a bien une chose qu'elle ne supporte pas, c'est de pleurer et comme elle sait qu'elle va devoir sortir dans quelques minutes quand le taxi arrivera ... Elle soupire et pour se calmer, pose une main contre son ventre rebondi, sur moi en fait. Enceinte de trois mois à vingt-trois ans. Où son passés ses rêves de grande carrière d'avocate ? Enterrés, à cause de lui et à cause de moi bientôt. Elle prend un moment pour se reprendre. Ma mère est du genre femme forte vous voyez, qui assume ses choix et ... j'allais dire indépendante mais comment peut-on l'être quand on épouse un homme comme mon père ? Elle ne l'a jamais autant haï qu'à ce moment précis et sa putain d'île avec. Maman m'a dit qu'à cet instant, tout ce qui comptait, c'était de me mettre en sécurité, même si elle devait affronter l'enfer que papa lui ferait vivre pour les récupérer. Elle n'abandonnerait pas sans se battre. Maman ... Elle se reprend et termine sa valise en quelques secondes. Elle veut profiter du fait que papa et la moitié de ses gorilles ne soient pas là. Un truc important à ce qu'il a dit, pour le clan Cipriani. Maman ne les supporte plus. Les gorilles, les oncles, les cousins ... Elle étouffe et a l'impression qu'elle pourrait tuer quelqu'un si elle reste dans la villa. Même déménager à Bastia ne serait pas assez loin et en plus, elle serait encore plus en danger. Non, juste ... Plus de Corse, plus de guerre de clans, plus de mafia, plus de regard de travers parce qu'elle n'est pas d'ici ... Elle ne veut pas de ça pour moi. Alors oui, il va être furieux mais folle qu'elle est, ma mère croit en son instinct et au fait qu'elle n'a pas pu se tromper à ce point en l'épousant. Certes, mon père est loin d'être un Saint mais c'est un homme de coeur prêt à tout pour protéger les siens. Il doit se rendre compte que sa vie à lui n'est pas compatible avec celle d'un enfant à naître. Ma mère ferme sa valise et la pose lourdement sur le sol. Elle est au bord de l'implosion. L'idée que quelqu'un la surprenne en train de fuir lui donne des sueurs froides. Ca serait la fin. Mais elle l'a vu tuer quelqu'un l'autre jour, de sang froid. Un homme qui travaillait pour lui et qui avait des enfants ... et il l'a tué quand même. Sans ciller. Ce n'est plus possible tout ça, même si elle doit y laisser la peau. Elle a rompu tout contact avec sa famille à cause de tout ça. Ses parents et son frère n'ont jamais approuvé ses décisions de s'installer en Corse avec un homme comme mon père. Un homme avec du sang sur les mains. Elle a honte de le penser et aura encore plus honte de le dire mais ... ils avaient bien raison. Elle avait mis tellement de coeur à ce que tout marche qu'elle n'avait pas vu que c'était vouer à l'échec dès le départ. C'est étrange. Un bébé est censé rapprocher deux êtres qui s'aiment pas vrai ? Moi je les ai séparés. J'ai permis à ma mère d'ouvrir les yeux et de prendre une décision, la plus importante décision de sa vie. La sonnerie du téléphone. Elle sursaute. Elle est tellement à fleur de peau là tout de suite que même les battements d'ailes d'une mouche pourraient la faire bondir. Elle se jette silencieusement sur le téléphone posé sur la table de nuit et décroche. C'est le taxi. Il attend devant la villa. D'une voix décidée, elle murmure qu'elle arrive tout de suite. Son coeur bat toujours aussi vite. Elle pensait qu'elle serait confiante en faisant ça mais c'est tout le contraire. Elle est tout de même en train de quitter ce qui est sa vie depuis maintenant trois ans. Ce n'est pas rien. Même si elle sait que c'est la bonne solution, elle ne pourra pas rayer tout ça de son esprit aussi facilement. Cette histoire l'a définitivement changée et l'a abîmée, mais elle veut croire qu'elle en est ressortie plus forte que jamais. Surtout que maintenant elle ne peut plus penser qu'à elle. Maman prend sa valise et se dirige vers la porte. Avant de la franchir, elle se retourne et embrasse une dernière fois sa chambre du regarde. Leur nid d'amour. Tout leur bonheur tenant dans une seule pièce. Elle a le ventre nouée, tellement nouée qu'un gémissement s'échappe de ses lèvres. Les rideaux sont à moitié tirés et elle observe la poussière danser, éclairée par les rayons du soleil. Elle va quitter tout ça, ce cadre idyllique. Elle se dit que le retour à son ancienne vie va être difficile, surtout si ses parents n'acceptent pas son retour ... Mais pour ça, il faut déjà sortir d'ici. Vêtue de hauts escarpins et d'une robe noire tout ce qui a de plus classique, elle tire sa valise à roulettes d'un pas rapide, à la fois contrôlé et nerveux. Si elle croise quelqu'un, sa fuite est totalement fichue. Elle a dit en demandant son taxi, que le chauffeur devait se garer derrière la maison, et non devant. Il y a un portail derrière la villa. L'entrée principale étant surveillée par des caméras, le choix a été vite fait. Elle poussa la porte de l'arrière cuisine sans se retourner. Le soleil l'aveugle quelques secondes. Foutue île. Elle se débrouille pour mettre ses lunettes de soleil sans cesser d'avancer. Le chemin sur lequel elle marche n'est pas goudronné, c'est un chemin en terre et ses talons hauts s'enfoncent dedans. Mais elle n'y fait pas attention, parce que rien ne pourra l'empêcher de franchir ce portail pour ne plus jamais revenir. Honnêtement ? La peur lui tord le ventre. L'angoisse de ne pas savoir de quoi demain sera fait et puis elle ne sera tranquille qu'une fois dans l'avion qui la ramènera sur le continent, pas avant. Elle jette des coups d'oeil craintifs autour d'elle. L'arrière jardin semble désert, mais il suffit d'une personne pour ... Le portail. Il est dans son champ de vision. Plus que quelques mètres et se sera le début de la liberté. Personne. Juste le taxi qui attend. Elle ouvre le portail et a un sourire imperceptible en voyant le véhicule qui va l'emmener vers sa liberté tant attendue.

❝ don't worry, life is easy

❝ Ajaccio, Corse 17 juillet 1996 ❞
Maman me tient par la main. A cet instant là, je ne vois pas à quel point elle semble tendue. Je suis tellement heureuse de revoir mon père que plus rien d'autre ne compte à mes yeux. Je ne suis qu'une enfant à qui son papa manque énormément. Alors maman, elle fait des efforts. Sa tête reste droite quand les regards sombres des locaux présents dans la villa la dévisagent. Le fait qu'elle se pavane comme ça après ce qu'elle a fait il y a six ans ... Ils n'aiment pas ça. Mais maman s'en moque et moi, je ne remarque rien. J'ai du mal à me contenir, à ne pas lâcher la main de maman pour partir au grand galop retrouver mon papounet que je sais être sur la terrasse près de la piscine en train de boire un jus d'oranges. Quand on y arrive enfin, j'ai l'occasion de voir que je ne me suis pas trompée. « PAPAAAAAAAA ! » ai-je crié en lâchant la main de maman et en courant vers lui. De dos jusque là, la personne avec qui il discutait et lui se tournent vers moi. Un sourire éclaire son visage quand il se lève. Je me jette sur lui et il me récupère en plein vole, comme ça sera toujours le cas dans la suite de ma vie. Blottie contre lui, le nez niché dans son coup, je le serre fort avec mes petits bras tandis que les siens m'enveloppent totalement. « Ma princesse ! » J'aime quand il m'appelle princesse, j'ai l'impression d'être la plus forte, la plus belle et la plus intelligente petite fille du monde entier quand il fait ça. En fait, je suis la plus heureuse du monde à cet instant exact. Rester dans les bras de mon père pour toute la vie, rester une petite fille ... ça sonne plutôt bien. J'ai le sourire qui s'étend jusqu'aux oreilles. « Regarde ton papa pour voir ? » J'enlève mon nez de son cou pour montrer fièrement mon visage, toujours en souriant parce que j'ai perdu deux dents le mois dernier. « Wow ! La petite souri est passée à ce que je vois ! Elle a été généreuse ? » dit-il avec un grand sourire alors qu'il me porte toujours dans ses bras. Fière comme un coq à l'idée qu'il ait remarqué et qu'il me pose la question, je m'empresse de répondre. « Oui ! J'ai eu trois francs en tout ! Un pour la première dent et deux pour la deuxième ! J'ai même gardé mes dents ! Je les ai apportées ! Tu voudras les voir ? » Il éclate de rire devant mon enthousiasme à l'idée de lui montrer ses dents. A cette époque, j'ignore encore ce qu'il se passe exactement. Je sais juste que mon papa et ma maman se sont séparés parce qu'ils ne s'aiment plus comme avant et ... à cause du boulot de papa. Je sais pas ce qu'il fait exactement. Maman me dit que c'est un homme d'affaires et il est obligé de rester à Ajaccio pour ça. Il peut pas venir habiter près de chez nous, à Paris et du coup, je suis obligée de le voir pas souvent. C'est nul. « Peut-être plus tard trésor, plus tard ... Nan mais c'est dingue comme tu grandis vite ! » s'écrie-t-il en m'inspectant sous toutes les coutures. Je glousse. Rien ne peut m'atteindre à présent, rien. Mon père et ma mère, c'est tout ce qu'il me faut. D'ailleurs, les yeux de papa me quitter pour se poser derrière moi. Je me tourne, toujours dans ses bras, pour voir maman, droite comme un I pas loin. « Lana. » fait-il doucement avec un hochement de tête. Maman s'autorise un sourire et s'approche. « Lisandru. » a répondu maman avec un autre hochement de tête mais plus gracieux. Ils ne se parlent plus que comme ça tous les deux. Enfin je les ai toujours connus ainsi donc ça me dérange pas. Mais c'est vrai que j'aimerais que maman soit plus gentille avec lui parfois. « Toujours aussi magnifique. » continue mon père dans sa lancée. Ma mère a un sourire étrange et lève les yeux au ciel. Elle me répète que leur relation avec papa est maintenant basée sur une sorte de politesse parce qu'il y a toujours un lien entre eux : moi. Autour de nous, le cadre est idyllique. Papa ne manque pas d'argent vous vous en doutez. Villa somptueuse au bord des falaises parce que vue sur la mer. Soleil. Le bruit des oiseaux et des insectes. Maman aurait sûrement ajouté "un petit coup de feu pour faire plus réaliste" mais il n'y a rien de la sorte. Tout simplement parce que mon père, à chaque fois que je viens lui rendre visite, s'arrange pour qu'il n'y ait aucun dérapage de personne. Autrement ... « Change de refrain. » dit-elle à la fois sérieuse et amusée. Je vois mon père sourire à son tour puis il entreprend de me reposer. Une gamine de six ans au bout d'un moment dans les bras ... Déçue à l'époque, mes lèvres se pincent et une fois par terre, je comble le vide entre mes deux parents. « Je n'y peux rien si c'est toujours le cas à chaque fois ! » lance-t-il en levant les mains comme pour se défendre. A l'époque, mon rêve était de les voir ensemble. Je voulais connaître ce que ça faisait d'avoir deux parents qui s'aiment, qui vivent ensemble sous le même toit et qui partagent tout. Beaucoup de mes amies ont pu connaître ça mais pas moi. Ouais bon ... Ils sont bien gentils mais je me sens un peu oubliée là. « Bah y a un monsieur avec un pistolet qui le dit tout le temps à maman qu'elle est magnifique ! » lancé-je. Je ne réalise qu'en voyant les gros yeux de maman. Ma phrase est suivie d'un long silence ... Oups. C'était censé être un secret entre elle et moi. « Euuh ... » Le regard intrigué de papa passe de maman à moi. Je me fais toute petite pour espérer me faire oublier. Oups, j'ai totalement oublié que c'était un secret ! Il ne met que quelques secondes à comprendre. « Tu fréquentes un flic Lana ? » demande-t-il avec un sourire en coin. Voilà. Voilà pourquoi ça devait rester secret. Déjà que mon père ne savait pas pour l'homme en question alors en plus d'apprendre que c'est un policier ... Je lance un regard désolé à maman et qui lève les yeux au ciel en soupirant. « Et quoi ? Tu vas demander à tes hommes d'aller à la Métropole pour lui régler son compte ? » fait-elle sur la défensive. « Oouh ce manque de confiance que t'as en moi me poignarde en plein coeur ... Mais avoue que c'est quand même cocasse. Toi avec de la volaille. » répond mon père ironique. Je le sais amusé mais perturbé à cet instant mais je sais ce qu'il veut dire. Maman a des goûts très variés en hommes. Paradoxalement, elle est passé d'un criminel à un flic qui deviendra bientôt capitaine. Elle soupire une nouvelle fois. « Cocasse ... Plus personne n'utilise ce mot de nos jours Lisandru. » marmonne-t-elle exaspérée.

❝ Comme si l'on pouvait arrêter le temps
et faire qu'un instant dure éternellement ❞ Shy'm

❝ Royan, Gironde 24 decembre 1999 ❞
Je suis descendue en courant sur la plage. « Livia ! Attends ! Ton manteau ! » hurle ma mère dans mon dos alors que je continue de m'éloigner en courant, mais pour une fois, je n'écoute pas. Je continue de courir dans un seul et même but : me rapprocher le plus possible de l'océan. C'est comme si j'étais attirée par lui. Et je me fiche qu'on soit en décembre et qu'il fasse à peine cinq degrés hein. Maman ne me dit plus d'attendre et à ma grande surprise, ne cherche visiblement pas à m'empêcher d'aller mettre mes mains dans l'eau. Christian a dû lui dire de me laisser un peu, ce que j'apprécie. Il est devenu mon beau-père il y a déjà sept mois et c'est la meilleure chose qui est arrivée à maman depuis des années. Son policier personnel, comme tout le monde l'appelle. Je n'ai jamais eu peur qu'il prenne la place de mon père donc je me suis toujours montrée gentille avec lui. Il est cool. Il m'a soutenue quand j'ai voulu entrer à l'école de danse de l'Opéra de Paris. J'arrive donc tout près de l'eau, les vagues se brisent à mes pieds. Hypnotisée par leur flux et crevant d'envie de toucher l'eau, de la sentir filer entre mes doigts de pieds, je commence à enlever mes chaussures. Je sais, on est en décembre et je vais attraper la crève mais je m'en fiche. Ca risque pas de me bousiller les pieds, dont c'est bon. Et puis je suis en vacances hein ! Je suis obligée de me tenir à carreaux pendant que je suis en cours alors faut bien que j'en profite quand je le peux. Surtout que je vais devoir réviser mes positions en rentrant ... Depuis que je suis entrée à l'école de danse, c'est pas marrant tous les jours, mais c'est moi qui l'ai voulu et c'est ce qui me plaît. En restant réalise sur mes projets d'avenir, j'ai envie d'aller jusqu'au bout là-bas, jusqu'en terminale et voir ce qu'il se passe ensuite. « LIVIA ! REVIENS ICI TOUT DE SUITE ! » Oups. Elle a dû voir que j'ai enlevé mes chaussures et elle pense déjà que je vais attraper la crève ... J'assumerai si c'est le cas. Désirant avoir mes cadeaux quand même ce soir, je n'attends pas qu'elle se répète. Je fais demi-tour et attrape mes chaussures au passage avant de courir vers ma mère et mon beau-père. Ils se sont posés contre le muret au fond. On dirait deux petits vieux, ça m'a faite pouffer. C'est un jour vraiment parfait aujourd'hui. Le 24 décembre, le réveillon de Noël, les cadeaux, la ville, tout ça ... Enfin presque parfait parce que papa n'est pas là. « T'es folle ou quoi ? Tu veux être malade pour les fêtes de fin d'année hein, c'est ça que tu veux ? » s'époumone ma mère, debout dans le sable avec une serviette à la main qu'elle me donne. « Oui j'avais prévu le coup figure toi ! Tiens sèche-toi vite les pieds. Je savais qu'on aurait pas dû venir à la plage ... » soupire-t-elle. Ma mère n'est pas sévère, ce n'est pas le bon mot. Elle a peur en fait, peur pour moi et mon avenir. A cause de papa j'imagine. C'est pour ça qu'elle me surprotège, elle a vu des choses pendant qu'elle était avec lui ... Pour ça que Christian est plus "cool" avec moi. C'est grâce à lui qu'on est là d'ailleurs. Il a de la famille à Royan et c'est avec eux qu'on passe les fêtes cette année. La première année ça me plaisait pas vu que je connaissais pas les personnes mais le simple fait de revenir à Royan maintenant me rend joyeuse. Essoufflée, je me suis laissée tomber sur le sable pour commencer à m'essuyer les pieds. « Dites, dites, on pourra aller aux arcades après ? Y a le magasin de bonbons ! Et puis l'autre là, de souvenirs ! » ai-je demandé en bondissant presque. Je sais, je suis un peu trop enthousiaste mais peu importe. J'adore aller sur les Arcades. J'adore le brouhaha des gens, les odeurs, la fontaine au milieu, la vue sur la mer et ce monsieur déguisé en gendarme et qui veut faire rire tout le monde. Ma mère lève les yeux au ciel. Oui, c'est définitivement sa marque de fabrique le roulement d'orbites. « Livia va y avoir beaucoup de monde je pense. Et puis on revient du centre-ville et on t'a déjà payé tes tours sur le mur d'escalade et pour la luge, ça va peut-être aller non ? » Ma mère est blasante parfois. A Royan pour les fêtes, ils ont organisé des animations un peu partout en ville pour les enfants. J'ai fait de l'escalade sur un grand mur censé être en neige et deux tours de luge sur la piste artificielle. Consciente que si j'insiste, je vais passer pour une petite fille capricieuse, je garde la bouche fermée et me contente de marmonner légèrement. J'ai failli lui répondre "Mais c'est Noël" sauf que je doute qu'elle aurait apprécié. Déçue, je finis de me sécher et de me nettoyer mes pieds recouverts de sable et remets mes chaussures. Puis comme maman et Christian, je reste assise sur le sable sec et froid. « Tu m'amèneras toi aux Arcades ce soir, hein ? Je veux voir les illuminations ! » ai-je demandé à mon beau-père, occupé à lire un libre. Bien sûr, la réaction attendue n'a pas manqué. « Livia ! » a crié ma mère indignée. Elle n'aime pas quand je fais ça, quand je cherche à avoir l'approbation de Christian pour une chose sur laquelle elle vient juste de dire non. Sans quitter son livre des yeux, il a un sourire en coin. C'est pour ça que je l'aime aussi mon beau-père. « Oh ça va, je plaisantais hein ... » Ma mère se décontracte. « Enfin, à moitié. » ai-je murmuré. Elle me refait automatiquement les gros yeux puis, je vois un imperceptible sourire apparaître sur ses lèvres. Les miennes s'étirent victorieusement. « Allez, remets ton manteau fille ingrate ! » me dit-elle en me donnant ma parka. Je lui tire la langue pour le "fille ingrate" et elle me répond, ce qui fait sourire Christian. Dépitée, je regarde ma parka. « Mais j'ai pas froid ! » ai-je protesté. C'est drôle. A l'école, surtout pendant les cours de danse, je suis disciplinée et tout ce qu'on veut. Nos enseignants disent que dans la danse classique, c'est obligatoire. On a le droit à la parole hein, mais bon, faut savoir ce qu'on veut. Donc on peut dire qu'en vacances, je suis presque l'opposé de cette fille en collants avec un chignon ultra-serré qui fait des pointes. Je redeviens un peu comme tous les autres enfants de mon âge, ceux qui vont dans les écoles normales je veux dire. Parce que non, je ne vais pas à l'école. Enfin si mais mon école à moi, c'est l'école de danse de l'Opéra de Paris. On nous y enseigne la danse mais aussi les rudiments durant les cours normaux. Sinon on respire, on mange et on dort danse. Les cours normaux me plaisent aussi mais les meilleurs restent ceux dans les studios où on doit enfiler nos chaussons. D'ailleurs normalement je vais en avoir de nouveaux pour Noël ! Ce soir quoi ! « Comment tu peux ne pas avoir froid ! » s'écrie maman hallucinée. Je rigole silencieusement, amusée. C'est une vraie parisienne pour ça. Ma mère a toujours, toujours froid. Si ce n'est pas le cas, y a un problème. Alors que moi, je suis l'exact opposé. Christian sort le nez de son livre. « Laisse tomber chérie, ta fille vient du Sud, c'est le côté Corse qui ressort. tu peux pas comprendre. » J'ai gloussé en l'écoutant. En plus, Christian est né ici à Royan, dans le Sud-Ouest et moi en Corse du coup. Il me fait un clin d'oeil et on se tape dans la main comme deux vieux complices heureux de leur blague. Genre, entre gens du Sud. Maman est née à Brest, c'est sûr que ça casse tout. Quoi ? Comment je suis née dans mon île alors que ma mère était censée ne plus jamais y remettre les pieds après ses trois mois de grossesse ? Histoire longue et compliquée. Après la fuite de maman, ça a été la guerre entre mes parents. Trois longues années de lutte sans merci. Papa m'a toujours dit que ça avait été une période très difficile. Le divorce. Puis ils ont fini par s'arranger. Papa a fini par comprendre que je serai plus en sécurité sur le continent mais maman savait très bien qu'elle ne pouvait pas me priver de lui. Alors nous voilà, des années plus tard à gérer ça comme on peut. Oui parce que j'ai neuf ans maintenant et j'ai fini par comprendre la situation. Papa fait des choses pas très jolies qui pourraient lui faire avoir des problèmes par des gens comme Christian. Le plus drôle ? C'est qu'ils s'entendent bien tous les deux. Ils étaient méfiants au début, forcément mais ... Enfin ça par contre j'ai pas encore tout compris. Paraît qu'ils ne peuvent rien prouver, paraît que mon père se tient tranquille, paraît que ... J'en ai rien à faire de leurs histoires en fait. Maman part pour protester contre l'alliance que Christian et moi venons de faire quand mon oreille reconnaît un air familier. « Maman t'entends ? Ils passent S.O.S d'un terrien en détresse dans la rue ! » A l'approche de Noël ils mettent à chaque fois de la musique dans les rues des centres-villes. Maman hausse un sourcil. « N'essaie même pas de m'avoir de cette façon. » répond-elle de façon très sérieuse mais avec un sourire en coin. Daniel Balavoine est son chanteur préféré. Ma mère, en train d'écouter ses CDs dans le salon tout en remplissant des papiers, les cheveux relevés et ses lunettes sur le nez, ça restera une vision de mon enfance dont je me souviendrai toute ma vie. J'espère. On éclate tous de rire.


❝ not easy to support ❞

❝ Paris 19/20 juin 2007 ❞
« Je suis quadrille ! Je suis une quadrille ! » Je bondis littéralement de joie dans le hall de l'école. Mes amis se précipitent pour me féliciter et même les autres. Je n'arrive pas à y croire ! J'ai réussi le premier échelon ! Après avoir travaillé si dur toute cette année pendant mon stage ... ça a payé ! Léo me prend dans ses bras et me fait tournoyer. Je suis la plus heureuse du monde là tout de suite. Juste là tout de suite. Tout le monde est heureux pour moi. Céleste semble aux anges, même si elle attend avec impatience ses résultats. Je sais qu'elle y arrivera. Léo aussi. « Je suis fière de toi mon ange. » me dit-il avec ses grands yeux plantés dans les miens avant de m'embrasser tendrement. On se fait charrier par les autres mais on a l'habitude. Et puis je m'en fiche. Mon coeur explose sous le coup de tant de bonheur. Au fil des années, la danse classique est devenue de plus en plus importante pour moi. Je ne suis pas une fille très bavarde et expressive alors c'est devenu ma façon universelle de m'exprimer. « C'est toi la meilleure ! » renchérit Céleste. Par dessus tout, être dans cette école m'a permise de rencontrer des gens merveilleux, comme Céleste qui est ma meilleure amie depuis notre entrée en sixième. Et puis Léo bien sûr, qui a un an de plus et avec qui je suis depuis six mois. C'est le seul garçon qui a été capable de voir au-delà de ma carapace. Les garçons normalement ils ne s'accrochent pas à moi. Souvent c'est ma faute, je leur dis que je veux me concentrer sur la danse et pas sur eux ... En fait, je prends les devants car généralement, apprendre que mon beau-père est un flic et que mon père trempe avec la mafia Corse, ça leur fait prendre leurs jambes à leur cou. Mais pas Léo, Léo s'est accroché. Je n'arrive pas à croire qu'il ne sera plus à l'école l'année prochaine ... mais en tout cas, c'est le meilleur danseur que je connaisse donc il va y arriver. Enfin ... c'est ce que je pensais à ce moment. Et je le pense toujours dans un sens ... Maman a toujours aussi peur, ça, ça n'a pas changé avec les années. J'ai beau avoir dix-sept ans, elle s'imagine toujours trop de choses et puis surtout, elle trouve que je ne profite pas assez de ma jeunesse. Vous connaissez beaucoup de mères qui encouragent leurs enfants à sortir quand ils ne le font pas ? C'est bien ce que je disais, ma mère n'est pas sévère ... c'est plus compliqué. Pour elle, la danse classique m'empêche de m'éclater comme une fille de mon âge le devrait. Ca me fait lever les yeux au ciel à chaque fois. Et qu'est-ce que je manque au juste ? La musique trop forte ? La sueur ? Les vomissements ? Les gueules de bois ? Le sexe dans des toilettes puantes et taguées ? Oouh ça donne envie ! « Allons au café pour fêter ça ! » lance Léo. Céleste et les autres hochent vigoureusement la tête, enthousiaste. On sait s'accorder du temps pour s'amuser, pourquoi les gens ne le comprennent pas ? Et puis on se tire pas dans les pattes à tout bout de champ ! La danse classique c'est autre chose que tout ça ! Mais pour l'instant je me fous de tout ça, tout ce que j'ai en tête c'est mon tout nouveau statut de Quadrille et les gens que j'aime autour de moi. Nos sacs sur le dos, nous nous dirigeons vers la sortie de l'école en discutant. Vous connaissez ce bref moment où votre vie est encore merveilleuse, cette ultime seconde qui précède celle où tout va basculer du mauvais côté ? Avec le recul que j'ai aujourd'hui, je pense que c'est cet instant qui a bouleversé ma vie. Fatal présage qui met toute la suite de l'histoire sous d'épais nuages noirs. Un pied dehors. Le ciel voilé parisien. L'air frais et soudain ... Un bras encercle violemment ma taille et m'attire en arrière. « LIVIA ! » Je vois Léo hurler et avancer vers moi. Des cris, plein de cris. Les miens ? J'ai le souffle court et surtout, je ne comprends rien. Tout se passe tellement vite. Je lève la tête pour voir qu'un homme cagoulé me retient prisonnière. Mon coeur tambourine dans ma poitrine comme un fou. Il le faisait aussi il y a quelques secondes, mais c'était de plaisir et de bonheur, maintenant il n'y a plus que la peur. Je veux me débattre mais l'emprise de cette homme est trop forte. « Arrête ça tout de suite ! Et restez où vous êtes les mioches, et il vous arrivera rien ! » Merde. Merde. L'accent du Sud. L'accent ... Non ! Affolée, je regarde à droit et à gauche. Mes amis ne peuvent pas m'aider, des passants nous regardent sur le trottoir d'en face et moi ... Il a des complices. Deux autres hommes cagoulés. Mon corps refuse de coopérer malgré tout quand ils essaient de me trainer vers le coffre d'une voiture. Ils veulent m'emmener. Soudain Leo esquisse un mouvement vers moi et ... « LEO ! LEO ! » ai-je hurlé. Le coup de feu ... Oh mon Dieu le coup de feu ! Je me débats autant que je peux, totalement terrifiée parce que je vois. Les larmes commencent à couler. Les autres ont hurlé aussi. Léo est à terre, il se tient la jambe et grimace de douleur ... il y a du sang partout. L'emprise de ces hommes sur moi se resserrent mais je m'en fous, il n'y a que Léo qui compte et ... ils l'ont blessé ! Ils l'ont blessé à la jambe ! A LA JAMBE ! A partir de ce moment, tout devient plus ou moins flou. Mais ce que je sais, c'est qu'avec une ou deux minutes d'écart avec le premier, d'autres coups de feux retentissent. J'ai pensé ma vie terminée. L'instinct de survie a pris le relai. En un instant, je me suis retrouvée le nez contre le trottoir de l'école. Tout se passe au ralenti. En tournant la tête à droite ... il y a ... il y a l'homme qui me retenait prisonnière, celui qui a tiré sur Léo et il est ... Il est mort et ... ses yeux me fixent. J'arrête de respirer, sous le choc d'avoir fait face à la mort. Je ne réagis même pas quand un nouveau bras, m'arrache à l'attraction du sol. Poupée de chiffon. Les coups de feux ont cessé et je me retrouve debout, si on peut dire. Quelqu'un me parle mais je n'arrive pas à comprendre ce qu'il dit, comme je n'arrive pas à voir les traits de son visage alors qu'il est tout près. Tout n'est qu'un immense brouhaha sans nom et je n'arrive pas à revenir sur terre. « LIVIA ? Livia ? Oh Livia ! » crie la voix coincée derrière le brouillard. Puis il m'a suffi d'ouvrir les yeux pour que tout redevienne clair à nouveau. « Nicolas ? » ai-je fait les sourcils froncés. J'ai la réponse que je cherchais depuis quelques semaines, à savoir pourquoi mon beau-père a mis son meilleur lieutenant du commissariat collé à mes basques.

∫☯∫

Je n'ai pas tenu en place au commissariat. J'en avais rien à faire de leurs questions, tout ce que je voulais, c'était aller voir Léo. Il est en chirurgie, il est en chirurgie ... mais j'en ai rien à foutre qu'il soit en chirurgie parce que je veux le voir ! Maman est arrivée en catastrophe nous rejoindre au commissariat. Bref, je vous épargne ces deux heures douloureuses qui ont été un enchaîne de grand n'importe quoi. Maman voulait presque me ramener de force à la maison, m'enfermer dans ma chambre et jeter la clef. En même temps ... on vient d'essayer de m'enlever. Je réalise pas vraiment en fait, voire pas du tout. Paraît que c'est normal, je dois être encore en état de choc ou alors, en plein dénie. Je vote pour le dénie, et en plus je n'arrête pas de penser à Léo. Ses grimaces de douleur, ses gémissement et ... et le sang. Maman a bien voulu m'amener à l'hôpital pour le voir après de multiples supplications. Elle a dit que ça lui donnerait le temps d'avertir papa pendant que je serai avec Léo. Je me demande comment il va réagir mon père, parce que Christian a clairement identifié les trois hommes comme étant de Corse et avec un casier. Paraît même qu'ils sont de Bastia, alors là ... c'est le top du top. Papa va être furieux ... Mais je n'y pense pas pour le moment. J'avance dans les couloirs jusqu'à la chambre que la réceptionniste m'a indiquée. En arrivant devant, je tombe sur une silhouette bien connue. Inquiète je me précipite vers elle. « Hélène ! Comment il va ? » Hélène est la mère de Léo. On s'entend relativement bien toutes les deux, elle a toujours été gentille avec moi. De dos jusque là, elle se tourne lentement vers moi en entendant sa voix. J'aurais dû savoir à ce moment, ce moment où j'ai vu ses yeux vides et son visage froid que quelque chose n'allait pas mais aveuglée par mon inquiétude pour son fils, je n'ai rien vu venir. « Il paraît qu'il est sorti de chirurgie ? Est-ce que l'opération s'est bien passée ? » ai-je répété au bord de la crise de nerfs. « Oui l'opération s'est bien passée. » répond-elle d'un ton presque froid. C'est à ce moment que je réalise ... Léo a des yeux clairs, il les tient de sa mère. Ils sont d'un vert qui tire sur le gris. Sauf que les yeux d'Hélène sont encore plus clairs que les siens et encore plus froids. J'ai eu l'impression de me retrouver devant un mur mais il m'en faut plus pour me décourager. « Je peux le voir ? » ai-je continué en n'attendant même pas qu'elle me réponde pour me diriger vers la porte. Mais elle m'a vue venir de loin. Ses doigts emprisonnent mon poignet et me forcent à faire volte-face. « Non tu ne vas pas le voir. » Le froid dans ses yeux et dans sa voix. Je comprends pas ... ou plutôt je veux pas comprendre, parce que ça fait trop mal de comprendre. Mes sourcils se froncent sous le coup de l'incompréhension. « Quoi ? Mais pourquoi ? » C'est tout ce que je veux pour le moment, le voir, m'allonger à côté de lui dans son lit et nicher ma tête dans son cou ... Juste qu'il me dise qu'il va bien. J'irai m'excuser et ... sa jambe ... « Parce qu'il ne veut pas te voir et que je ne veux plus que tu l'approches. » Sa réponse a été comme un coup dans le ventre, tellement énorme que j'en ai eu le souffle coupé. Je ne l'ai pas crue en fait, pendant quelques secondes je suis restée plantée la bouche ouverte, attendant qu'elle me dise que c'est une blague. Hélène m'a toujours bien aimée, enfin je crois. « Quoi ? » ai-je soufflé. Son visage n'est que froideur à mon égard. Je sens les larmes commencer à me monter aux yeux. Après tout ce que je viens de vivre, je ne suis pas prête à abandonner. Seulement Hélène ... « Tu veux savoir pourquoi ? Parce qu'il a pris une balle dans la jambe, tu te souviens ? Donc sa dernière année à l'école est fichue et plus encore, les médecins ont dit qu'il ne pourrait certainement plus jamais danser comme avant ! Contente hein ? » a-t-elle craché ironiquement. Chaque mot sorti de sa bouche m'a fait un mal de chien. Mes mains tremblent dans mon dos. Ce n'est pas possible que les choses évoluent ainsi, c'est un cauchemar ! Léo ne peut pas me prendre pour la responsable de tout ça ! « Mais Hélène ... Je suis une victime aussi ! » me suis-je entendue murmurer. C'est vrai quoi, j'ai failli me faire kidnapper merde ! J'ai eu la peur de ma vie et elle me fait chier à m'accuser ! Mais pour le moment la seule personne à qui je pense c'est Léo, au fait qu'il ne pourra peut-être plus jamais danser à 100% de ses capacités ... et du coup ça me fait douter de ma théorie selon laquelle je ne suis pas coupable de ce qui lui arrive. Pour Léo, la danse est toute sa vie et ces hommes au départ, ils étaient là uniquement pour moi. Pour atteindre mon père. Et mon petit ami risque d'avoir sa vie détruite à cause de ça. Du coup, je ne suis pas surprise de voir les yeux de sa mère devenir encore plus noirs qu'avant. J'ai pas dit la bonne phrase. « Une victime ? Une victime ! T'es tout sauf une victime Livia Cipriani ! C'est dans ton sang ! » Les larmes ont commencé à couler. A ce moment, je hais mon père. Je le hais parce que les gens s'imaginent que je suis comme lui parfois. Ils pensent tout connaître de nous, ils pensent que je suis aussi mauvaise alors que ... c'est faux ! Je veux dire, mon père, c'est quelqu'un de bien ! Il a fait des mauvaises choses par le passé, des choses horribles même mais ce n'est plus le cas à présent et ... La colère monte en moi à l'idée que la mère de Léo ait pu convaincre son fils que tout est de ma faute. Sur un coup de tête, je décide de m'en foutre. Je contourne Hélène, plus déterminée que jamais à travers mes larmes. « LEO ! LEO JE SAIS QUE TU M'ENTENDS ! » ai-je hurlé en me dirigeant vers sa chambre. Je veux le voir, point barre. Je veux m'expliquer, je veux que tout redevienne comme avant ... mais bien sûr, sa mère m'en empêche. Elle m'empoigne fermement le poignet, sans aucune douceur, et me force à faire volte-face. Son regard devient de plus en plus menaçant. On se défie une fraction de secondes, elle est même à deux doigts de dire quelque chose mais une infirmière apparaît soudain à côté de nous. « Vous avez un problème avec cette jeune fille madame ? » Parce que c'est tout de suite moi le problème hein ? Elle m'empêche de voir Léo et c'est moi le problème ?! D'un geste sec, j'ai bougé mon bras pour qu'elle me lâche le poignet. J'ai l'impression d'être au bout du rouleau. Je lance un regard suppliant à Hélène. Ne faites pas ça, par pitié, ne faites pas ça. Mais je me heurte à un mur. « Je pense que tu ferais mieux de partir Livia. Maintenant. » Et je l'ai fait. Vaincue, je suis partie.
∫☯∫

« Quoi ? » Persuadée qu'elle plaisante, je reste là, à la fixer parce que ... parce que ça ne peut pas être vrai ! « Je suis navrée Livia, après ce qui est arrivé on ne peut pas se permettre de te garder. » répète-t-elle de sa voix toujours aussi sobre. Mme. Platel est la directrice de l'école et sa voix reste toujours mesurée et sobre. A ce moment ça m'a énervée plus que tout d'ailleurs, cette neutralité avec laquelle elle est en train de m'annoncer que ... Je suis virée. Exclue. Renvoyée. ca fait une dizaine d'années que je suis dans cette école et je n'ai jamais eu de gros problèmes et ... « Vous pouvez pas me faire ça ! » ai-je fait d'une voix tremblante. Non elle ne peut pas me faire ça ! Non, non, non ! Je viens de passer quadrille merde ! QUADRILLE ! L'an prochain j'ai déjà prévu de ... Elle ne peut pas me faire ça. Mais la directrice reste assise dans son fauteuil, les jambes croisés et les mains posées l'une sur l'autre sur son genou. Le regard neutre et je perçois même un début d'impatience dans ses yeux qui apparaît quand l'une d'entre nous commence à protester. Son bureau me paraît soudain être l'endroit le plus inhospitalier du monde. Mais j'ai donné les trois quarts de ma vie à l'école de l'Opéra de Paris, je ne peux pas accepter que ça se termine comme ça. « Livia ... » a-t-elle soupiré en levant les yeux au ciel. Comme si je n'étais qu'une simple adolescente en train de faire un vulgaire caprice. Je déteste quand les adultes font ça. La colère me donne chaud. Tout s'écroule. Mon monde s'effondre tout doucement. D'abord je manque de me faire kidnapper. Ensuite Léo qui ne veut toujours pas me parler. Maintenant je suis virée de l'école. « Madame vous pouvez pas me renvoyer ... J'ai travaillé tellement dur pendant toutes ces années pour arriver à quelque chose ! Je mérite pas ça ... » Je sais que ça peut paraître orgueilleux de dire une telle chose mais c'est la vérité. La seule et unique vérité. J'avais trouvé ma voie avec la danse classique et là, on m'enlève tout ce que j'ai. « Tu as mis tous tes camarades en danger hier après-midi ... » « Mais ce n'était pas ma faute ! » l'ai-je brutalement coupée. La directrice déteste qu'on la coupe pendant qu'elle parle mais à cet instant je m'en fiche complètement. La situation me paraît tellement injuste. Les traits de son visage se durcissent. « Et c'est de la faute de qui alors ? C'est de la faute de Léo s'il va sûrement devoir abandonner ses rêves de devenir danseur ? » Sa réponse m'a clouée sur place. Mes lèvres ont vaguement bougé pour rétorquer quelque chose mais rien n'est sorti. Elle me pense réellement responsable de ce qui s'est passé hier après-midi ... Tous mes professeurs aussi si ça se trouve, et peut-être même mes amis ... Peut-être qu'ils vont tous se mettre du côté de Léo ... Comme s'il fallait choisir de quel côté on est maintenant. J'arrive pas à croire que les choses aient évolué ainsi en à peine une seule journée. Céleste m'a jurée que non mais je suis sure que j'ai raison. Mme. Platel me regarde d'un air désolé, c'est la première note de compassion à laquelle j'ai le droit depuis que je suis dans son bureau. « Excuse-moi, je sais que tu n'as pas demandé ce qui est arrivé hier mais ... On n'avait jamais eu ce type de problèmes avant et ... je ne veux faire courir aucun risque aux autres élèves tu comprends ? Et je suis sure que toi non plus. » Sentant les larmes commencer à couler, j'ai regardé ailleurs et je me suis mordue l'intérieur de la joue. Ça, c'est bas. Utiliser mes amis pour me persuader que c'est la bonne chose à faire ... c'est plus que bas. Et pourtant ... c'est vrai. « Et nous nous sommes rendus compte que malheureusement ... Tu ne correspondais plus à l'image que nous voulons donner dans cette école. » Et bam ! Vas-y continue, enfonce moi un peu plus ! Qu'est-ce que je peux répondre à ça ? Il a suffi de quelques instants pour que je devienne la renégate. Pour que je devienne uniquement la fille de mon père aux yeux des gens.


❝ not easy to support

❝ Paris 26 septembre 2011 ❞
« AAAAAAMBRE ! Magne ton cul avant que je ne m'endorme ! » ai-je hurlé pour qu'elle m'entende par-dessus le brouhaha permanent qui règne dans les coulisses. Emma et Elodie m'ont regardée en rigolant légèrement avant de lever les yeux au ciel. Oui je sais, Ambre a besoin de trois heures pour se changer après le show, c'est-à-dire, autant de temps que pour se préparer avant. Bref, n'importe quoi. J'attends patiemment à l'entrée -ou à la sortie, ça dépend du point de vue- des coulisses du Crazy Horse. Ambre qui traine pour passer son permis m'a suppliée de la ramener ce soir. Je salue une à une mes collègues qui s'en vont les unes après les autres. Oui je suis au Crazy Horse maintenant. C'est ironique quand on sait qu'il y a quelques années, j'étais encore à l'école de danse de l'Opéra de Paris avec un tutu et des pointes. « Deux secondes ! On arrive ! » Euh ... comment ça on ? Et c'est le moment où Ambre se montre avec Lola et Penny accrochées à son bras. J'ai l'impression que le culot de cette fille m'étonnera toujours. Tout le monde connaît Ambre ici parce que Ambre ... la discrétion et elle ça fait deux. « S'il te plaît Livia ... » a fait Penny avec ses yeux de cockers. Je résiste, je résiste ... mais je ne suis pas sans coeur, et c'est ma plus grande faiblesse. Je lève les yeux au ciel. Penny a le chic pour faire craquer tout le monde de toute façon. Ramener Lola et Penny en plus d'Ambre n'était pas vraiment prévu au programme. Surtout parce qu'elles habitent toutes les trois dans des arrondissements différents et que ça va me faire un putain de tour dans Paris. Mais, c'est sûrement à cause de mes nombres années à l'école de danse, je ferme ma gueule et un soupir sort de ma bouche. Enjouées, les filles me suivent jusqu'au parking. Je ne fais pas la tête très longtemps car après tout, ces filles sont presque des amies depuis le temps que je travaille au Crazy. Après tout, on montre nos seins aux gens ensemble hein. C'est ce que ma mère m'a balancée l'autre jour d'une voix légèrement sèche. C'est le résumé le plus pitoyable pour dire ce qu'on fait ici. Les gens ne devraient vraiment pas s'arrêter à ça. Au début ce genre de remarque me touchait. Après tout, je suis un pur produit de la danse classique et maintenant, me voilà en tenue légère, en train de me déhancher sensuellement devant tout un public. « Une virée entre filles sous la pleine lune parisienne ! » hurle Ambre quand nous arrivons dehors près de ma voiture. La douceur de l'air me surprend et la phrase de ma collègue me fait sourire. J'ai envie de lui dire que je les ramène seulement chez elle et que ce n'est pas une virée mais je me retiens. Elles ont tendance à me retrouver rabat-joie parfois. C'est sûrement vrai. La plupart sont au courant de mon histoire ... avec plus ou moins de détails. Les dernières années de ma vie, avant le Crazy ont été rythmées par cette normalité que j'ai toujours détesté. Être à l'école de danse me permettait de me sentir spéciale, de me sentir différente des autres. Alors après avoir été virée je n'ai pas eu le choix. J'ai dû rejoindre un lycée Henri IV. Ma mère m'a répétée sans cesse à l'époque que c'était un très bon lycée, avec de très bons résultats au bac mais ... J'ai passé plusieurs jours à pleurer dans ma chambre. Ce n'est pas comme ça que je voulais passer ma terminale, pas du tout comme ça. « Je veux pas avoir l'air d'abuser mais tu peux mettre la musique à fond Liv ? » a continué Ambre à côté de moi tandis que je tourne la clef pour démarrer la voiture. « Ca fait très longtemps que t'abuses Ambre mais on est tous habitués ! » l'ai-je raillée. Elle m'a tirée la langue. Lola et Penny ont pouffé derrière alors que les premières notes de Lady Gaga envahissent l'intérieur. Les parents d'Ambre ne lui parlent plus depuis qu'elle s'est faite embauchée au Crazy. A ce que j'ai compris, ils sont bourgeois et ultra-catholiques. Mais ma camarade semble bien le vivre. Enfin c'est ce qu'elle prétend. C'est là que je me dis que j'ai de la chance ... Bon ça a fait grincer des dents mes parents et mon beau-père de savoir que j'allais travailler ici ... Ca les fait toujours grincer des dents d'ailleurs, mais ils me parlent toujours. J'imagine que je dois me considérer chanceuse. « Vous vous rappelez qu'on se fait une soirée avec les filles du Moulin samedi soir ? » a fait soudain Lola très occupée avec son portable. Ambre et moi on s'est regardées en souriant. Et comment qu'on s'en rappelle ! « Bien sûr, qu'est-ce que tu crois ? Ca fait longtemps que je suis pas sortie à Montmartre en plus. » répond Penny. Oui les filles du Moulin Rouge et du Crazy Horse réunies ... Autant dire qu'on en fait tomber du mâle. On s'entend bien, même s'il y a toujours cette compétition entre nous quand à savoir quel groupe est le plus "sexy". Bien sûr nous gagnons à chaque fois parce que notre réputation nous précède. Sérieux, on est considérées comme les femmes les plus sexys au monde selon Wikipédia ! La voiture longe la scène depuis quelques minutes. Légèrement fatiguée, je fais craquer mon coup. Les filles continuent de parler tandis que les lumières du 8e arrondissement défilent sous nos yeux. J'ai soudainement repensé à mon ancienne vie, à la façon dont j'avais vu tous mes rêves s'écrouler en une seule journée. A quel point j'ai été mal ensuite. J'ai fait une terminale ES des plus banales. Mention bien, à quelques points du très bien. Voir que j'avais réussi malgré toute ma mauvaise volonté n'a fait que m'énerver d'avantage à l'époque. Et me voilà, après une licence de droit en poche à jouer les danseuses des charme dans un des plus grands cabarets du monde. Finalement, je suis retournée à ma passion : la danse, même si elle est assez différente de ce que j'avais toujours pratiqué jusque là. Avoir arrêté l'école ne m'empêche de continuer à m'entretenir à ce niveau. Je fais toujours des étirements, des mouvements pour ne rien perdre de ma souplesse. Les filles demandent souvent une démonstration au saloon. Donc ma nouvelle vie ne me paraît plus aussi horrible que ça, au contraire. Maintenant je suis libre. Libre de montrer mon corps, libre de sortir, libre de désobéir ... Libre. Mon seul regret est d'avoir perdu des gens que j'aimais en chemin. Léo en particulier que je n'ai jamais cherché à revoir. Céleste aussi. On a fini par s'oublier. J'ai appris après avoir eu mon bac qu'elle était entrée dans la compagnie de danse dont elle avait toujours rêvé. J'ai été sincèrement heureuse pour elle. Nos routes se sont juste séparées.


❝ naufragés dans la nuit direction la sortie. ❞ Damien Saez

❝ Ajaccio 19 octobre 2012 ❞

Papa ? PAPA ! NOON !

Je me suis réveillée en sursaut, l'esprit totalement embrouillé et moi totalement perdue. Mai
Meurtre de son père alors qu'elle était avec lui + Annonce qu'elle est dans le programme de protection des témoins.

❝ si maman si, si maman si, maman si tu voyais ma vie. Je pleure comme je ris, si maman, si. Mais mon avenir reste gris, et mon coeur aussi. ❞ France Gall

❝ New York, Etats-Unis 24 décembre 2012 ❞
Mes yeux scrutent d'un air vide mon écran d'ordinateur portable. C'est le visage de Claire Chazal qui s'y trouve. Pourquoi je me fais du mal comme ça ? Avant, je n'aurais jamais pensé éprouvé une telle sensation en regardant le journal télévisé de TF1. Je sais pas ce qu'il m'a pris. Une envie soudaine de ne plus avoir autant le mal du pays peut-être. Est-ce que j'ai vraiment cru que ça pouvait me soulager ? Non pas du tout. Plus triste que moi tu meurs en ce moment. Entendre parler français aussi longtemps sonne de façon étrange pour mes oreilles. Vous me croyez si je vous dis que je vais mieux qu'au début ? Pas facile à voir, je sais. Vêtue de mon peignoir en soie rouge, je profite de ma soirée. Mon Réveillon du vingt-quatre décembre. Ma gorge se noue. Ce n'est pas possible, ça peut pas être possible ... Je peux pas passer un Réveillon comme ça ! Et pourtant si, c'est bien ce que je suis en train de faire. Ce soir va se résumer à rester enfermer dans mon appartement, toute seule, le coeur au bord des lèvres en pensant à mon ancienne vie. A mes proches, qui me croient morte et enterrée. Ma pauvre mère. Mes amis, mes collègues et tout le reste de ma famille. Je suis toute seule et ils me manquent tellement, surtout un soir comme celui-là. A part la voix de Claire Chazal, il n'y a pas un bruit chez ... moi. J'ai dû mal à considérer cet endroit comme chez moi en fait. Pourtant c'est le cas, pas le choix. « Maintenant, passons à la Corse où a eu lieu un nouveau meurtre ... » Un truc s'est réveillé dans ma tête en entendant le nom de l'île. Mes yeux se relèvent vers l'écran et attendent la suite. Elle n'a pas changé. Non que je m'attendais à ce que tout d'un coup, Claire Chazal change parce que ... parce que ça fait des mois que je ne suis plus en France, mais c'est juste que ... Je ne sais pas comment expliquer. C'est peut-être une pensée stupide mais voir que le monde continue de tourner là-bas alors que mon père et moi sommes morts ... ça me fait un peu mal. « ... Le très respecté avocat Matteo Torre a en effet été assassiné à la sortie de son cabinet à Ajaccio, hier soir tard dans la nuit. Il aurait été abattu de deux balles. Le nombre d'assassinés en Corse ne cesse d'augmenter alors que la fin d'année approche. Rappelons que les derniers meurtres en Corse ont eu lieu en Octobre, aussi à Ajaccio et qu'il s'agissait de Linsandru Cipriani et de sa fille Livia. » Ma mâchoire s'est crispée. Je sens les larmes me monter aux yeux mais rien que je ne puisse contenir. Livia Cipriani. Livia Cipriani n'existe plus aux yeux du monde mais elle est toujours présente à mes yeux. C'est ce qui rend la cohabitation avec Barbara Saint-Amans difficile. J'ai dû mal à me faire à Barbara, même si là encore, je n'ai pas le choix. Alors que le reportage sur la mort de Matteo va commencer, je referme mon ordinateur portable sèchement. Je l'ai connu, ce grand avocat. Il a fait affaire avec mon père quelques fois, ce qui ne l'empêchait pas d'être quelqu'un de bien. Matteo avait entrepris d'aider mon père à devenir quelqu'un de "respectable". Peut-être qu'il aurait réussi sans son meurtre. Soudain, je me suis souvenu des paroles de Nicolas quand je me suis réveillée après m'être faite tirer dessus. La guerre là-bas ne s'arrêtera jamais. On est presque arrivés à une trentaine de meurtres. La sonnerie de l'interphone retentit et me fait littéralement bondir de ma chaise. J'ai des moments de paranoïa parfois. Ca me fait peur, je ne me reconnais plus quand ça m'arrive. Mila m'a suggérée d'aller voir un psy histoire de parler un peu. Je n'ai pas répondu et j'ai laissé coulé, comme si j'avais oublié alors que ce n'est pas le cas. Elle m'a vraiment été d'une grande aide au début et elle l'est toujours. Mila est flic et elle est en quelque sorte, chargée de veiller sur moi. Je lui répète depuis quelques jours que ce n'est plus la peine, que je suis bien habituée à cette nouvelle vie et que si elle doit faire ça pendant la durée de mon séjour à New-York ... On finirait par se détester toutes les deux. Mais elle est têtue et moi aussi, ça tombe bien. Elle m'a été d'une grande aide les premières semaines, rien que pour me guider dans la ville. Ca m'a fait du bien de pouvoir parler avec quelqu'un qui sait la vérité. Je me lève de ma chaise et d'un pas hésitant, me dirige vers l'interphone. Moment de paranoïa, de stress ... est-ce qu'on peut m'en vouloir ? « Oui ? » ai-je fait en décrochant. Comme si je m'attends à ce que la voix d'un monstre me réponde. A la place, ça n'a été qu'une voix fluette légèrement agaçante. « Bonsoir, je suis la livreuse du restaurant chinois et j'ai votre commande. » Malgré moi, un soupir de soulagement sort de ma bouche. Reprends-toi Livia ... enfin Barbara. J'avais juste complètement oublié que j'avais commandé quelque chose. « Je vous ouvre. » ai-je répondu en appuyant sur le gros bouton qui déclenche la porte d'entrée de l'immeuble. Mon coeur se remet à battre normalement à mon grand soulagement. Parfois, j'ai l'impression que ma vie est devenue le scénario d'un film. Je me dis que c'est pas possible de vivre comme ça et pourtant je le fais. Je profite des quelques secondes que la livreuse met pour monter à mon étage pour me composer un visage enjoué mais surtout factice. Elle sonne à la porte et je vais lui ouvrir. Parano, je suis devenue une vraie parano. « Tenez. » ai-je dit en lui donnant le billet que je viens de sortir de mon porte-feuille. Elle me donne un large sourire en prime en plus du sac en plastique où se trouve ma commande. Elle regarde une feuille qui répertorie sûrement toutes les adresses où elle doit se rendre ce soir et coche une case avec son stylo qui était coincé derrière son oreille. Elle est assez petite et a l'air plus jeune que moi. Sa casquette est celle du Grand Dragon Noir, le restaurant où j'ai passé commande. Soudain, ses yeux se posent sur moi avec curiosité. « Barbara Saint-Amans ... » articule-t-elle pensive avant de poursuivre. « Vous êtes française ? » Son ton est tellement enjoué et sa question m'a tellement surprise que j'en aurais presque sursauté. La livreuse ne me laisse pas le temps de répondre. « Non mais parce que j'adore la France vous savez. Je sais dire euh ... Bonjour, comment allez-vous, Moulin Rouge, boeuf bourguignon ... » Mon coeur se remet à battre trop fort dans ma poitrine en l'entendant parler. Comme si, d'un instant à l'autre, cet être chétif va sortir un flingue de son sac et me descendre avec. Mais non, elle reste dans son délire. En même temps avec le nom qu'ils m'ont donnée aussi ... « Euh ... oui je suis française. » ai-je murmuré en essayant de masquer un maximum ma soudaine angoisse, ce qui est inutile vu que la livreuse ne remarque rien du tout. « Vous venez d'où ? Paris hein ? Moi j'ai toujours rêvé d'aller à Paris ! » s'écrie-t-elle. Parano, parano. Les questions qu'elle me pose me mette mal à l'aise. Tout ce dont j'ai envie là, c'est de fermer la porte au nez à cette livreuse trop curieuse. C'est ce que je vais faire d'ailleurs. Nicolas m'a toujours dit qu'on n'était jamais assez prudent dans ce genre de moment. « Je suis désolée mais j'ai des choses à faire donc si je pouvais ... » ai-je commencé. Elle a semblé comprendre directement. « Ooh oui pardon. Désolée d'avoir été trop curieuse. Savourez bien votre repas, à bientôt. » Et avec le même sourire lors de son arrivée, elle est repartie, sans me laisser le temps de lui répondre. Une vraie tornade, me suis-je dit. Je suis restée plantée sur le palier un moment, mon sac de nourriture à la main, perturbée par cette échange, le temps de reprendre mon souffle, avant de rentrer dans l'appartement et de m'y enfermer à double tours.

❝ je ne dois rien vouloir je dois juste essayer de lui appartenir, de lui appartenir, je l'aime à mourir. ❞ Francis Cabrel.

❝ New York, Etats-Unis 14 juillet 2010 ❞
Le policier prend ma déposition. Il a intérêt à se dépêcher parce que je n'aie qu'une envie, rentrer chez moi. Il fait froid, la nuit tombe et j'ai une journée de merde. Le dernier élément qui manquait à cette équation « J'espère que je ne t'ai pas réveillé. » « Je suis désolée mais j'ai des choses à faire donc si je pouvais ... »

+ dernière scène : reportage sur le tricentenaire de l'école de danse que Paris que Livia voit à la télé et auquel elle avait toujours rêvé de participer.. (15 avril 2013)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Ҩ BARBARA SAINT-AMANS ❝ you can ❞
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» ROCKY - 11 ans - SPA Saint-Etienne Loire (42)
» Relation entre Haiti et Saint Domingue :Point de vue d'un américain
» Clergé de Saint Bertrand de Comminges
» Recherche d'un adversaire Paris Saint Lazare
» [Lieu] L'église Saint Sauveur de Ryes

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
HAKUNA MATATA :: TOO LATE/INSPIRATION-
Sauter vers: